La une des lecteursTous les blogsles top listes
Envoyer ce blog à un amiAvertir le modérateur

03 octobre 2008

La CDC : un rôle politique manifestement ambigu...



Les récents évenements sur le fornt financier confirment mes soupçons sur le poids de l'Etat sur les décisions de la CDC. Je vous tranbsmets cet article édifiant du Figaro :

La Caisse des dépôts fortement sollicitée

Bertille Bayart
03/10/2008 | Mise à jour : 07:11 |

.

Nationalisation de Dexia, utilisation des surplus du livret A, soutien au marché du logement, la CDC est partie prenante des initiatives du gouvernement face à la crise financière.

« Mais à quoi sert la Caisse des dépôts et consignations ? » Cette interrogation récurrente du débat institutionnel français semble enfin en passe d'être reléguée aux oubliettes. La crise financière confère en effet une légitimité nouvelle à la « vieille dame de la rue de Lille », créée en 1816 par Napoléon.

Ces quatre derniers jours, la CDC a été de toutes les initiatives prises par le gouvernement pour traiter à chaud les problèmes soulevés par la tourmente du secteur bancaire. Son directeur général, Augustin de Romanet, s'est trouvé en première ligne dans le sauvetage de Dexia. La CDC, qui détient près de 12 % du capital de la banque franco-belge, déboursera 2 milliards d'euros sur les 3 milliards injectés par la France pour la renflouer. Chargée par l'État de la gestion des fonds collectés au titre de l'épargne réglementée (livret A, bleu, de développement durable), la Caisse a aussi son mot à dire dans le débat sur l'utilisation de la part de ces ressources qui ne trouve pas à s'employer dans le financement du logement social. L'idée a surgi mardi de l'orienter vers le financement à court terme des banques.

Enfin, la SNI, filiale de la CDC, a été « engagée » pour participer au programme de rachat de logements annoncé mercredi soir par l'Élysée (lire ci-dessus).

Chacune de ces interventions en urgence de la Caisse des dépôts semble avoir été décidée dans un climat plutôt consensuel avec le gouvernement et l'Élysée. Ce qui mérite d'être souligné, alors que l'histoire des relations entre la CDC, qui relève de l'autorité du Parlement, et l'exécutif est émaillée d'incidents et de ­tensions.

« Les circonstances exceptionnelles que nous connaissons justifient que la Caisse des dépôts accompagne, dans les domaines où elle est compétente, l'action du gouvernement », explique le président de sa commission de surveillance, le député UMP Michel Bouvard. Rue de Lille, on est donc prêt à desserrer les cordons de la bourse. « Nous ne sommes pas là pour thésauriser, dit encore Michel Bouvard, dès lors que l'épargne qui nous est confiée n'est pas mise en péril. »

Un « bras armé financier »

Après une semaine de gestion au cas par cas, un cadre plus global d'intervention de la Caisse dans les circonstances exceptionnelles actuelles est en discussion. L'enjeu est de fixer des limites, alors que la tentation existe d'aller puiser dans les « poches profondes » de l'institution. La CDC s'appuie en effet sur un bilan de plus de 220 milliards d'euros et dispose, hors fonds d'épargne, de près de 30 milliards d'euros de fonds propres. Mais elle-même souffre de la crise, et gagne bien évidemment moins d'argent. Le gouvernement en a déjà pris acte, en divisant par deux (à 1,1 milliard d'euros) la prévision de recettes qu'il attend de son « bras armé financier » pour son budget de 2009.

 

30 septembre 2008

EADS : les juges en difficultés ?

La valse judiciaire continue, et les juges donnent de plus en plus le sentiment de tatonner. En effet, l'ancien directeur du programme A380 a été brièvement gardé à vue, pius relaché. Charles Champion rejoint ainsi les 17 dirigeants et anciens dirigeants déjà mis en cause parmi lesquels, rappelons le, ne figure pas Arnaud Lagardère, contrairement à ce qu'à l'air de penser le grand public (et certains journalistes mal infomés).

Les juges commencent à modifier leur approche, accordant que le marché avit bien des informations pessimistes disponibles, mais que les dirigeanst en auraient d'encore plus pessimistes. Nuance subtile.

C'est l'hebdo Challenges qui revient sur la question :

4 mises en examen

Les magistrats ont pour l'instant mis en examen 4 dirigeants sur les 17 mis en cause par l'AMF. Il s'agit de l'ancien coprésident d'EADS Noël Forgeard, l'ancien directeur général d'EADS Jean-Paul Gut, l'ancien P-DG d'Airbus Gustav Humbert et l'ancien directeur financier d'Airbus et actuel directeur du site de Dresde (Allemagne) de l'avionneur Andreas Sperl.
Les quatre hommes ont été placés sous contrôle judiciaire consistant dans le versement d'une caution de plusieurs centaines de milliers d'euros.
Parmi les autres hauts cadres du groupe épinglés par l'AMF figurent Thomas Enders, l'actuel patron d'Airbus, John Leahy, son directeur commercial, ainsi que François Auque, le P-DG d'Astrium, filiale espace d'EADS, et Fabrice Brégier, à l'époque président de la filiale Eurocopter et aujourd'hui directeur général délégué d'Airbus.

18 juin 2008

Une autre chronologie de l’affaire…

Le Figaro du 17/06/2008 s’essaie à son tour à retracer la chronologie de l’affaire EADS. En toute humilité, notre document me parait beaucoup plus précis.
Car l’intérêt de cette question, c’est évidemment de remonter avant 2005, c’est-à-dire de vérifier si les informations étaient publiques ou bien susceptibles d’être qualifiées de délit d’initié…

16 juin 2008

L’affaire EADS : un enjeu de sécurité juridique

Cette fameuse affaire EADS a déjà fait couler beaucoup d’encre, et cela n’est pas prêt de s’arrêter. JP Gut était par exemple entendu ce matin pour s’expliquer sur les circonstances de la levée de ses stocks options . Pourtant, un aspect juridique de la question n’a jamais été, à ma connaissance, soulevée. En attaquant des personnes sur leur connaissance de faits qu’ils ne pouvaient ignorer, la justice ne met elle pas dans le même sac des personnes bien informées (ce qui est souvent leur métier) et des personnes qui ont accès frauduleusement à des informations (ce qui n’est pas le cas dans l’affaire EADS). Ainsi, le premier journaliste qui s’est fait l’écho dans la presse de rumeurs de retard sur l’A380 avait-il le droit de vendre (ou d’acheter) des actions EADS ? Et les premiers lecteurs qui ont prêté foi à ces rumeurs, s’ils ont effectué des achats d’actions, tombent-ils sous le coup de la loi pour délit d’initié ? Car ils sont indéniablement « initiés » par rapport à ceux qui n’ont pas lu (ou pas cru) ces informations ? Les gens qui font l’effort de s’informer ne sont-ils pas toujours « initiés » par rapport à ceux qui ne suiuvent pas l’actu ? Car nous avons suffisamment démontré sur ce blog que la question des retards de livraison de l’A380 était de notoriété publique bien avant les ventes d’actions par les dirigeants.
Autrement dit, n’est-on pas en train d’élargir la notion « d’initié » à des cercles toujours plus larges, susceptibles de toucher certains publics (je pense par exemple aux rumeurs fréquentes sur les forums de Boursorama…) ?

02 juin 2008

Gouvernance franco-allemande : pas de problème ?

Au cours d'un déplacement à Toulouse, Louis Gallois a semble-t-il voulu clore le débat ouvert sur la répartition des efforts entre français et allemands (ainsi que sur les repsonsabilités des uns et des autres par rapport aux retards de livraison de l'A380), dont nous nous sommes déjà fait l'écho ici-même.

Il affirme qu'il n'y a à sa connaissance aucun déséquilibre entre français et allemands sur le plan industriel. Cependant, on peut estimer qu'il s'agit là d'une réponse un peu biaisaée, puisque M. Gallois fait référence à la charge de travail indutriel, alors que la question est celle de la compétence technique des allemands (et de la fameuse usine de Hambourg) et de leur participation à la réduction des effectifs et aux efforts financiers réclamés par Power8.

Le dossier de la gouvernance franco-allemande reste donc ouvert...

21 mai 2008

EADS : encore et toujours des problèmes de gouvernance

De nouveaux éléments sont publiés chaque semaine, démontrant de façon de plus en plus claire que le conflit de gouvernance entre français et allemands au sein d’EADS est la source principale des retards rencontrés par l’entreprise sur le projet A380 notamment. Des conflits qui ne datent pas d’hier, puisque des articles des Echos et du Monde s’en faisaient déjà l’écho bien avant la révélation publique des premiers retards.
  • Dans un entretien à la Dépêche du Midi (cité sur le site de Challenges), Louis Gallois reconnaissait que les allemands n’avaient pas consenti les mêmes efforts que les français en matière de réduction d’effectifs, dans le cadre de Power8

  • Dans un document interne publié par Bakchich (et repris par Le Parisien et Le Point), des sources anonymes et manifestement très bien informées décryptent le double-jeu pratiqué par les allemands, qui auraient pris le contrôle d’EADS à moindre frais, et s’apprêteraient à en tirer tous les avantages (apprentissage technologique, sous-traitance…)

  • Ce même document pointe du doigt, une nouvelle fois, la responsabilité de l’usine de Hambourg dans les difficultés de l’A380. Il semblerait que les enjeux diplomatiques entre la France et l’Allemagne empêchent les français de taper du poing sur la table, comme ils le devraient

Sans faire de patriotisme économique, ces éléments tendent à valider certaines hypothèses, et à poser une question :

  1. les allemands, eux, n’hésitent pas à faire du patriotisme économique ;-)

  2. la crise qu’a commencé à traverser EADS avec les premiers retards de l’A380 reposait sur une instabilité de gouvernance franco-allemande, qui n’est toujours pas réglée

  3. la question autour du « délit d’initié » ne serait-elle pas avant tout une diversion politique, afin d’éviter des sujets qui fâchent ?

24 avril 2008

Affaire EADS : l'AMF ne plie pas

Lundi 31 mars au soir, après plusieurs heures de délibération, le collège de l'AMF a statué : le rapport du gendarme de la Bourse met en cause 17 personnes, qui ont reçu des notifications de grief. Parmi les membres du comité exécutif d'Airbus : Olivier Andriès, Charles Champion, Henri Coupron, Alain Flourens, Gustav Humbert (ex-PDG d'Airbus), John Leahy, Erik Pillet, Andreas Sperl, Thomas Williams ; en tant que membres du comité exécutif d'EADS et du comité des actionnaires d'Airbus : Thomas Enders (ex-co-PDG), Noël Forgeard et Jean-Paul Gut (ex-directeur général délégué d’EADS) ; et parmi les membres du seul comité exécutif du groupe : François Auque (actuel PDG d’EADS Espace), Fabrice Brégier (directeur général d’Airbus), Ralph Crosby, Jussi Itavuori et Stefan Zoller.
Il leur est reproché d'avoir manqué à leur devoir d’abstention en exerçant leurs stock-options ou en vendant des actions EADS en mars et avril 2006, alors qu’ils détenaient une ou plusieurs informations privilégiées. Elles encourent jusqu'à 1,5 million d'euros d'amende ou dix fois le profit réalisé lors des opérations frauduleuses, et jusqu'à deux ans de prison devant le juge pénal, le dossier de l'AMF ayant été transmis au parquet de Paris, qui avait ouvert une information judiciaire dès novembre 2006.
Plusieurs grands investisseurs institutionnels songeraient à se constituer partie civile. L’avocat Frédérik-Karel Canoy, qui représente déjà des petits porteurs dans ce dossier, pourrait récupérer leur défense.

Onze des dix-sept initiés présumés ont cédé des stock-options moins de quatre ans après les avoir reçues, un court délai qui impliquait un taux d'imposition très supérieur à celui applicable quelques mois plus tard.  Le rapport parle dès lors d'une manifeste "absence de confiance dans la poursuite de la progression du cours", due à la probable connaissance d'informations privilégiées. L'AMF note cependant que ces dernières ne devaient pas nécessairement toutes être rendues publiques. Pour certaines, celles portant sur les retards de production de l'A380 notamment, le gendarme de la Bourse est formel : EADS et Hans Peter Ring son directeur financier auraient dû rendre publiques plus rapidement les difficultés de fabrication de l'A380.Pour d'autres, comme le budget prévisionnel, il est plus nuancé. Quoi qu'il en soit, il est reproché au groupe aéronautique d'avoir manqué aux obligations de bonne information du marché, alors que l'évolution du cours d'EADS à cette période n'était pas en rapport avec les craintes exprimées en interne.
EADS est donc mis en cause en tant que personne morale, ainsi que ses deux actionnaires de contrôle, les groupes Lagardère et Daimler-Chrysler. Aucun grief n'est retenu contre Arnaud Lagardère et Manfred Bischoff, patrons des deux entreprises, car ils n'ont pas cédé d'actions à titre personnel. Le groupe Lagardère n'est pas concerné par la question des retards de l'A380, mais par une divergence entre le plan d'exploitation à trois ans d'EADS et le consensus des analystes pour la même période, et par le retard dans l'annonce de la redéfinition de l'A350.

EADS réagit

Le groupe aéronautique a affirmé qu'il avait observé "les standards d'excellence en matière de communication au marché" et qu'il allait "exercer vigoureusement son droit de défense". Louis Gallois, qui n'est pas encore chez EADS début 2006, a précisé que le groupe apporterait "son soutien aux dirigeants dans leur défense". Il s'est insurgé contre "l’idée que la moitié des membres des comités exécutifs d’Airbus et d’EADS seraient des truqueurs et des profiteurs", réaffirmant sa "totale confiance" envers ses collègues. Reconnaissant que le groupe "n’est pas au dessus des lois", il a rappelé que ses dirigeants "ont droit à la présomption d’innocence et doivent pouvoir se défendre".
"Nous avons maintenant accès au dossier et allons pouvoir élaborer notre défense avec nos avocats. Nous avons de très solides arguments à faire valoir", a souligné le dirigeant. Dans les prochaines semaines auront lieu des échanges contradictoires, au cours desquels les parties incriminées feront valoir leurs arguments. "Enfin, nous allons pouvoir discuter. Jusqu'ici, nous n'avons pas été écoutés", a déclaré l'un des avocats d'EADS.
Dans un courrier interne, Louis Gallois a appelé les salariés à "être patients, rester solidaires et, pendant cette période difficile, maintenir le cap des progrès d'EADS.", prévenant que l'entreprise allait être soumise à une "pression" qui pourrait durer plusieurs années. Selon un analyste du CM-CIC, l'affaire ne devrait pas conduire à une "décapitation" du groupe en raison de condamnations lourdes, mais va focaliser l'attention sur sa direction au détriment de son activité industrielle.

La publication de la synthèse du rapport de l’AMF sur le site d’information Mediapart dès le lendemain de la décision a permis à EADS de muscler sa réplique, en témoigne le ton de ce communiqué : "Un site de presse internet vient de publier et de mettre en ligne les extraits du rapport d'enquête sur l'information financière d'EADS, qui ne nous est pas encore parvenu de l'AMF, et qui comprend une liste de noms de personnes prétendument accusées de délit d'initié. C'est donc la deuxième fois, après la fuite qui a permis au Figaro de publier le 3 octobre 2007 le rapport d'étape de l'AMF, que des documents confidentiels de l'AMF sont ainsi portés à la connaissance du public. EADS n'est pas seulement surpris mais littéralement choqué de voir combien tout ceci est contraire aux procédures légales et combien sont bafoués les droits de la défense. Bien entendu, la société n'est pas en mesure de faire de commentaire avant d'avoir lu et évalué l'intégralité du document avec ses conclusions, et maintient sa demande officielle à l'AMF que soit préservée la présomption d'innocence des individus et qu'ils ne soient pas publiquement mis en accusation sans accès à leur dossier".

Et Louis Gallois de déplorer : "dans cette affaire, l’élément perturbateur (…) ce sont les fuites à répétition. Elles sont inacceptables".
La stratégie de défense de Louis Gallois n’est pas des plus habiles à mon sens : pourquoi répéter dans la presse que "le risque financier associé à la procédure ainsi engagée et ses conséquences éventuelles n’est pas significatif" ? Bien sûr les amendes plafonnées ne menacent pas directement les comptes du groupe, mais aux yeux de l’opinion, c’est la vérité qui importe et non la capacité de l’entreprise à surmonter le prix d’une faute. Peu judicieux également à l’égard des salariés d’EADS : alors que s’engage le plan de restructuration Power8, ces derniers seront enchantés d’apprendre que le groupe n’est pas à quelques millions près !
Louis Gallois est conscient que la procédure "peut avoir des conséquences dommageables" pour l’image et la réputation d’EADS, mais sa mise en garde adressée à l’AMF dans la presse était mal passée. De même que la note remise par le groupe aux membres du collège de l’institution, critiquant les méthodes d’investigation du régulateur, et idéale pour l’agacer. Le reproche fait à l’AMF est d’avoir "mené l'enquête à l'envers en enquêtant sur l'information financière après avoir enquêté sur les délits d'initiés", sous-entendant que le service d’enquête pourrait avoir exagéré les défauts d'information afin de justifier la liste des initiés.

L’AMF reste ferme

L’Autorité des marchés financiers se défend également : le collège de l'AMF ne fait pas le lien entre cette communication financière, qu'il juge trompeuse, et les délits d'initié supposés. "Ce lien n'a pas été établi. La délibération de l'AMF s'appuie sur des données objectives, des faits. Il n'y a aucune place pour l'interprétation", selon un proche du dossier.
Le président de l’AMF Michel Prada a par ailleurs affirmé que l’Autorité n’avait subi aucune pression "ni politique, ni autre". "Je n'ai d'ailleurs jamais subi de pression au cours de mes mandats à la tête de la Commission des opérations de Bourse, puis de l'AMF, même si certains ont prétendu le contraire", a-t-il déclaré, considérant que la composition même de l'AMF est garante de son indépendance.
Michel Prada sait que le dossier est important au regard des propositions du rapport Coulon sur la dépénalisation de la vie des affaires, qui privilégient la justice pénale aux prérogatives de l’AMF. Le président les juge contraires au droit européen et avertit à son tour : "Au terme de vingt ans d'évolution, il ne faut pas affaiblir le rôle du régulateur des marchés".
Selon un proche du dossier, "l'AMF apporte la démonstration qu'elle est réellement indépendante et prête à prendre ses responsabilités. La France a besoin d'une autorité de marchés qui agit vite, c'est essentiel pour le bon fonctionnement des marchés et la crédibilité de la place financière."
Pour Jean-Jacques Daigre, professeur de droit à l’Université Paris I, "La crédibilité de l'AMF est doublement en jeu. Le régulateur doit absolument parvenir à faire sanctionner les faits qu'il a dénoncés.", au risque que soit remise en cause sa capacité à réprimer les manquements les plus graves. Mais il faut par conséquent "que les sanctions qui seront prononcées reposent sur un faisceau d'indices indiscutables".
Ainsi ne restent que 17 suspects sur les 1200 initiés présumés dans la note préliminaire, et un nombre restreint de griefs, examinés un par un et non globalement comme le veut la pratique, afin de ne retenir que ceux que le régulateur a le plus de chances de prouver.

La parole aux accusés

Thomas Enders affirme n'avoir "rien fait de répréhensible". "Je sais que je n'ai rien fait de répréhensible et je peux dire la même chose pour l'ensemble des responsables mis en cause", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Auckland.
Stefan Zoller, patron de la division Défense et Sécurité et membre du comité exécutif d'EADS, s’est défendu publiquement : "j'ai vendu en mars 2006 car j'ai pensé que le moment était opportun. Les stocks options sont une partie de ma rémunération. Je les ai vendues de manière tout à fait légale. Il est clair que cela ne me plait pas de voir toujours mon nom cité. Ceci dit je ne suis au courant d'aucune procédure à mon encontre. Je n'ai pas reçu de lettre. Je n'ai pas encore eu la chance de pouvoir donner mes arguments. Mon comportement est irréprochable. J’espère que le dossier va être réglé rapidement et que cela ne va pas traîner. Il est temps que l'on parle des faits. Soyez assuré que je vais me défendre avec véhémence quand le moment sera venu".
Noël Forgeard maintient sa ligne de défense : "Je suis innocent de même que les seize autres. Les enquêteurs se sont surtout intéressés aux faits susceptibles de justifier un soupçon et pas aux éléments de défense. Du fait des fuites dans la presse, les résultats de l'enquête ont souvent été présentés par les médias comme des conclusions définitives. Or, des soupçons ne sont pas des preuves". Selon lui, "dans un groupe tel qu'EADS à l'actionnariat complexe, la communication avec le marché résulte d'un consensus interne du conseil d'administration. Imaginer que toutes ces personnes aient pu s'entendre pour distiller une information trompeuse au marché est parfaitement irréaliste". Se considérant comme "la seule victime interne de cette affaire à ce jour", l'ancien président d'EADS reconnait quand-même : "si l'on juge par tout ce qui a, injustement à mes yeux, suivi la vente de ces stock-options : oui, a posteriori, je pense que j'aurais mieux fait de ne pas le faire".

Quelles conséquences pour EADS ?

Hans-Peter Ring pourrait être la deuxième victime interne. Le directeur financier du groupe est dans une position critique au vu des manquements reprochés à la communication financière du groupe. Sa condamnation par une autorité française pourrait ranimer les tensions franco-allemandes au sein de la gouvernance d’EADS, réglées l’année dernière non sans mal par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Un risque suivi de près par l’Elysée : "Ce qui intéresse EADS intéresse le chef de l'Etat, cette affaire est loin d'être terminée", indique-t-on à la présidence de la République.
Interviewé par l’Express, l’économiste Jean-Louis Levet, directeur général de l’IRES (Institut de recherches économiques et sociales), considère qu’il faut "réaliser la transformation du groupe pour passer d’un mode de coopération entre la France et l’Allemagne à un mode d’intégration". "Si l’Europe ne veut pas être coincée dans vingt ans entre le pôle high-tech Etats-Unis-Japon et le pôle Inde-Chine (bas coût du travail et innovation), elle doit faire le choix résolu de l’industrie. Sa présence dans des secteurs stratégiques comme ceux d’Airbus est à cet égard fondamental", explique-t-il. Pour lui, " Boeing fera tout pour profiter de cette situation".
Certains commentaires ont fait état des potentielles conséquences sur l’énorme contrat récemment signé avec l’armée de l’air américaine. Selon Jean-Louis Levet, la crainte est infondée : "les dirigeants du Pentagone connaissaient déjà l’affaire au sujet d’éventuels délits d’initiés lorsqu’ils ont passé le contrat. Ils achètent les produits et, avec raison, ont confiance en l’équipe en place".
Il n’empêche, le climat de l’aéronautique est pour le moins fragile, et le dossier "ressort au mauvais moment", constate Jean Bruneau, head of sales trading à la Société Générale. Les commandes d'avion devraient baisser de 50% cette année, le dollar faible continue d’empoisonner la vie d’Airbus, les usines allemandes ne trouvent pas de repreneurs et le programme militaire A400M subit à son tour des retards.
Une configuration difficile qui explique la chute du cours, qui a perdu plus de 30% de sa valeur depuis le début de l'année, réduisant la capitalisation boursière du groupe à 12,3 milliards d'euros. Le rapport de l'AMF, s'il n'arrange pas la situation, n'a pas eu d'incidence particulière sur le titre, ainsi que s'était risqué à le prédire Diner's Room.
 
9bb1f13239458878b5421c1d3a207c9c.png
 
A suivre maintenant le déroulement de la procédure, dont EADS comme l'AMF doivent espérer qu'elle ne s'éternise pas.

31 mars 2008

Affaire EADS : conclusions de l'AMF imminentes

Le Collège de l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) se réunit aujourd'hui pour délibérer sur le rapport d'enquête concernant l'affaire EADS. Ses seize membres doivent examiner, pour la première fois en séance plénière depuis la création de l'AMF, les projets de griefs, choisir les personnes physiques et/ou morales concernées par d'éventuels griefs retenus, ouvrir ou non une procédure de sanction, transmettre ou non ses conclusions au Parquet pour une éventuelle poursuite au pénal.

Depuis la note préliminaire publiée dans Le Figaro en octobre dernier, et malgré de supposées fuites le mois dernier, le gendarme de la Bourse s'est fait discret et ses conclusions sont incertaines. Selon Le Monde, le rapport a été remis il y a quelques jours "dans la plus grande confidentialité" au Collège présidé par Michel Prada. Il contiendrait deux volets, l'un consacré aux délits d'initié, et l'autre au aux défauts de communication financière.

Le quotidien relève par ailleurs la "mise en garde" de Louis Gallois, qui évoque dans un entretien au Figaro la sensibilité des enjeux de l'affaire EADS, notamment sur le contrat de 35 milliards de dollars récemment conclu avec l'armée de l'air américaine. Diner's Room analyse plus minutieusement les propos du "Chief exécutive" du groupe aéronautique européen. Je partage son avis quant aux incidences d'une condamnation sur les contrats avec les États-Unis : les tenants et les aboutissants de l'affaire ont été forcément étudiés sous toutes les coutures par les différentes parties prenantes et je ne crois pas à des conséquences catastrophiques. Je ne saurais prédire les réactions du marché, je ne m'y risquerai donc pas. On peut seulement constater que le titre est en hausse d'1,49% aujourd'hui, un rebond mineur au regard de l'évolution du cours.

5dc1ff93633275f32a794792f1f3359f.png

Il est évident que les enjeux politiques, économiques, stratégiques et même sociaux avec la mise en œuvre du plan Power8, liés à l'issue de l'affaire EADS pèsent sur les membres de l'AMF. Il est plus que probable que les acteurs concernés mobilisent les moyens de pression à leur disponibilité. Cependant je ne m'offusquerais pas autant que Diner's Room sur les propos de Louis Gallois : d'abord car je ne pense pas que ce genre de déclarations dans la presse puissent avoir le moindre effet sur un juge, ou alors de doucement l'agacer ; ensuite parce que cette tentative d'intimidation, si c'en est une, m'apparaît bien moins choquante que le traitement médiatique de certaines affaires judiciaires et le lynchage public tantôt d'un accusé, tantôt d'un magistrat, ou que les entorses au principe de séparation des pouvoirs telles qu'elles se sont multipliées ces derniers temps.

J'ajouterais enfin un élément : les conséquences de la décision de l'AMF sur elle-même et sur les pratiques des entreprises en matière de communication financière. Comme je l'ai développé dans un billet consacré au sujet, une condamnation lourde sanctionnant les défauts de communication financière d'EADS pourrait marquer l'affirmation du rôle de l'AMF à l'aune de la réforme sur la dépénalisation du droit des affaires. Pour que son pouvoir soir efficient, il faudrait cependant que soit déplafonnées les amendes en cas de fautes n'ayant pas donné lieu à profit. La question pourrait ressurgir avec la décision du Collège de l'AMF.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu